lundi 10 novembre 2008

The visitor


D'un point de vue purement esthétique, The Visitor est un plaisir : en effet, dans une époque surchargée de blockbusters jouant toujours plus sur la surenchère (tant visuelle qu'auditive) le film arrive pour le cinéphile comme un bouffée d'air frais avec ses plans relativement long, son rythme lent qui rend sa vision constamment agréable et comme douce, sa musique rare mais importante et belle.

Après, on pourrait s'attendre de The Visitor qu'un petit film sur une rencontre improbable qui va changer la vie d'un homme. Il s'agit de cela mais de bien plus encore. Walter Vale, professeur et écrivain, incarne la routine de l'american way of life, son côté conservateur à outrance. C'est ainsi un choc des cultures en mode mineur que nous propose le réalisateur qui tend à démontrer que la différence peut réunir et non être une source d'exclusion et de conflit.

L'oeuvre se clôt sur une très belle métaphore qui est que l'Amérique se construit de l'intérieure, qu'il faut aller chercher sa force dans sa base, dans le peuple américain, même les tous récents immigrés. Oeuvre à la fois politique (dénonciation de l'expulsion) et humaine (tous les personnages principaux sont extrêmement bien dépeints et touchants), The Visitor s'impose comme une des réussites d'une période qui pourrait s'ouvrir au changement pour les Etats-Unis avec la récente élection de Barack Obama à la tête du pays.

7/10

My magic


My magic. Ce film singapourien d'Eric Khoo raconte l'histoire d'un père et de son fils. Le père, alcoolique notoire, élève seul son fils en l'absence de la mère, mais il est tellement absorbé par l'alcool qu'il en délaisse son enfant, ce dernier étant réduit à faire les devoirs de ses petits camarades pour gagner un peu d'argent afin de s'acheter de la nourriture (celui que gagne son père se retrouve irrémédiablement "bu"). Mais le père possède un don pour la magie, ce qui va lui permettre de gagner un peu plus d'argent.

L'histoire de My magic n'a rien de bien original et ce ne sont pas les singularités du scénario assez prévisible ni la réalisation trop amateure qui transcende l'oeuvre. Elle tient obtient son capital de sympathie grâce à ses deux acteurs principaux, tous deux excellents dans leurs rôles pathétiques. Eric Khoo arrive sur le fil à sauver son film de l'anodin à la force d'un final onirique qui touche au bouleversant. Dommage que cela vienne si tard.

6/10

mercredi 5 novembre 2008

There will be blood


Quelque mois seulement après l'Assassinat de Jesse James, There will be blood se présente comme une autre oeuvre sur la violence de l'Amérique. Le film traite de l'ascension inexorable de Daniel Plainview dans le monde impitoyable du pétrole.

Anderson, après un Punch-Drunk Love sous-estimé, perfectionne son style dans cette fresque monumentale portée par un Daniel Day-Lewis dont son attribution d'oscar du meilleur acteur semble une évidence, tant son Daniel Plainview est phénoménal de charisme, de cruauté, le tout sans qu'on ait l'impression que l'acteur ait eu à forcer son talent. On retrouve les mêmes plans-séquence stylisés que le réalisateur avait utilisé dans ses précédents films, appuyés par la musique du guitariste du groupe Radiohead dont c'est la première contribution (réussie) au septième art.

Le film s'ouvre sur une longue séquence muette qui fait entrer le spectateur dans le vif du sujet : on trouve déjà toute la beauté, la puissance (et le pétrole), qui seront constants dans ce chef-d'oeuvre. Daniel Plainview est finalement une métaphore à lui tout seul des dérives du capitalisme : il se moque de l'individu, ce qui compte c'est faire des profits, peu importe le prix humain, quitte même à sacrifier (symboliquement ou non) des êtres chers. Le capitalisme est ainsi la religion de l'Amérique, tant dans le film la "vraie" religion est sans cesse ridiculisée, critiquée, et anéantie dans un final choc qui clos de manière frappante cette fresque incroyable.

10/10

L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford


Le western a toujours été un moyen pour les américains de dresser des constats métaphoriques de leur société actuelle, et le film d'Andrew Dominic ne déroge pas à la règle. Ce que le réalisateur nous propose ici est plus ou moins la véritable histoire de Jesse James, sorte de Robin des Bois du Far West.

Le western n'est plus à la mode depuis longtemps et Andrew Dominic semble lui donner un second souffle en lui injectant une densité, obtenue par la lenteur et la précision de ses plans, et à la faveur d'un casting de haute volée.

Ce que nous raconte l'Assassinat de Jesse James n'a rien de glorieux : le rapprochement de Robert Ford, grand admirateur de Jesse James, et de son héros qu'il assassinera froidement lors de la plus belle séquence du film. Le réalisateur nous propose un voyage au coeur de l'ambivalence, l'ambigüité même des Etats-Unis qui ont dressé ce Jesse James criminel en héros national, et dont la population se retournera contre l'assassin de ce dernier. Ce héros dont on aura eu le temps de saisir les nuances : il se veut justicier mais abats ses amis dans le dos, il est cru fort mais il est malade, amoindri, lâche et faible.

Le héros américain chute de son piédestal, la violence n'est qu'à son commencement dans cette Amérique modernisante. Brad Pitt trouve peut-être le rôle de sa vie dans ce personnage finalement secondaire au long d'un film magnifique aux accents malickiens (on pense à Badlands ou Days of Heaven), de même que Casey Affleck en personnage dépassé par les événements. Tout se finit dans le sang, et le silence d'une Amérique trop imbue d'elle même.

9/10

dimanche 2 novembre 2008

Valse avec Bachir


Le biopic est un genre banalisé au cinéma, mais le biopic qu'est Valse avec Bachir s'éloigne du tout venant. D'abord, le film est un docu fiction en image de synthèse. Le cinéaste israélien Ari Folman raconte son parcours pour se souvenir de la période où il faisait la guerre au Liban.

L'entreprise de Folman fait suite à un entretien avec un de ses amis qui fait un rêve récurrent à propos de cette guerre(qui donne lieu à une magnifique et frappante séquence d'ouverture). Folman réalise alors qu'il ne se souvient plus de cette période de sa vie et va tenter de retrouver et parler avec les personnes susceptibles de lui rappeler ce qu'il a fait à cette époque.

La technique utilisée rend le film comme flottant, le mouvement des images de synthèse étant lent, ce qui rend encore plus frappante les scènes chocs et magnifie certaines (dont le rêve récurrent de Folman), mais elle peut temporairement provoquer l'ennui lors des entretiens.

Aventure personnelle autour d'un drame incompréhensible pour tout intervenant extérieur, Valse avec Bachir est une oeuvre sublime, déchirante et essentielle sur la barbarie de la guerre. D'un récit personnel le réalisateur fait une oeuvre universelle incontournable.

9/10

Stardust


L'Heroic Fantasy est un genre qui connaît un récent essor grâce au phénoménal succès de la trilogie du Seigneur des Anneaux, adaptation des romans de JRR Tolkien par Peter Jackson. Auparavant le genre n'avait pas les faveurs des producteurs et les réussites sont rares (Princess Bride ou Dark Cristal). C'est dans ce contexte qu'à été produit Stardust.

Il s'agit de l'adaptation du roman éponyme de Neil Gaiman, un des plus importants auteurs d'Heroic Fantasy à tendance décalée, avec Terry Pratchett. On pense se trouver sous de bonnes auspices puisque Gaiman, gage de qualité, supervise lui-même l'adaptation de son oeuvre.

Malgré tout, au vu des ratages tels que Eragon, on a peur de retrouver un récit insipide. Mais il n'en est rien, Stardust est un plaisir de tous les instants. L'atout principal du film est d'être généreux envers son spectateur : chaque instant est un bonheur pur de cinéphile grâce à une mise en scène classique mais efficace, des effets spéciaux qui ne vampirisent pas le film mais au contraire le subliment, des acteurs au fort capital de sympathie.

Au final, Stardust est un divertissement ultra-plaisant, qui ne se moque jamais de son public. Il est d'ailleurs dommage que celui-ci se soit si peu déplacé, la faute à une campagne presse peu efficace. Espérons que le temps rendra justice à Stardust.

9/10

Bridge to Terabithia (Le secret de Terabithia)


Le spectateur lambda se plaint souvent à tort et à travers de la publicité faite autour de tel ou tel film (surabondance, trop discrète, trop moche,...). Bridge to Terabithia possède la campagne publicitaire la plus scandaleuse depuis longtemps. Forts du succès du premier volet du Monde de Narnia les producteurs ont vendus le film comme un ersatz de ce dernier. En effet, l'affiche et la bande-annonce nous promettent une aventure au coeur d'un monde fantastique. Or, Bridge to Terabithia est avant tout un drame sur la solitude de l'enfance.

Premier film de Gabor Csupo, Bridge to Terabithia nous conte l'histoire d'un jeune garçon solitaire et de la rencontre qui va changer sa vie. Le plus plaisant dans cette histoire est sa justesse : on peut aisément s'identifier aux personnage principaux ; ceci est fort bienvenu dans un monde du cinéma quelque peu convenu et caricatural.

La réalisation sobre de Csupo est un soutien au réalisme voulu du film. Les effets spéciaux sont finalement assez rares, et surtout jamais gratuits : ils ont une signification pour la progression du récit.

On se plonge aisément dans cette histoire touchante, par moment bouleversante, aidée par un casting de qualité (ce qui n'est pas évident lorsqu'il s'agit d'enfants). Bridge to Terabithia est une oeuvre à faire découvrir à toute la famille, en oubliant pas de préparer les mouchoirs à l'avance.

8/10